Rencontre inspirante avec Richard Dicker

Dans les coulisses de la 15e édition de l’Assemblée des États Parties à la Cour pénale internationale, nous avons eu la chance et l’honneur de discuter, le temps d’un croissant et d’un café, avec le directeur du programme Justice internationale de Human Rights Watch, Richard Dicker.

screen-shot-2016-11-23-at-6-52-17-amCet homme d’un calme exemplaire, au regard empreint d’expérience, est un grand défenseur de la justice pénale internationale sur laquelle il pose un regard optimiste, mais également très critique, dans une ère où le retrait de trois États africains assombrit quelque peu les discussions quant à l’avenir de la Cour pénale internationale.

Recruté par Human Rights Watch en 1991, il a pris en charge, dès 1994, le volet de la justice internationale, qui se concentre sur l’articulation entre la poursuite des auteurs de crimes internationaux et l’instauration d’une culture de respect des droits humains. Ses activités visent plus précisément à donner forme aux enquêtes, à obtenir des arrestations, à coopérer avec la justice et à plaider en faveur de la mise en place de mécanismes judiciaires justes et efficaces, tant au niveau de la Cour pénale internationale et des tribunaux internationaux qu’à celui des juridictions nationales.

Notamment impliqué dans le procès de Milosevic au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, Monsieur Dicker a observé de près celui de Saddam Hussein, qu’il a grandement critiqué en raison de l’absence flagrante de respect des droits de cet accusé. Lors de notre discussion, il nous a rappelé à quel point le droit pénal international n’avait rien à apprendre de ce tribunal hybride qui a procédé dans un déni total de la justice fondamentale, mettant à mal les principes de base de la procédure judiciaire et suscitant de vives critiques tous azimuts, notamment de la part du Comité international de la Croix Rouge (« CICR »), qui ne prend que très rarement position mais qui a affirmé que « l’exécution de Saddam fut le moment le plus ignoble d’un effort totalement inadéquat entrepris par l’administration Bush pour apporter la justice au peuple irakien ». L’opinion de Monsieur Dicker nous a semblé rejoindre directement les propos de cette déclaration du CICR, celui-ci allant même jusqu’à qualifier ce tribunal de « Kangaroo Court »[1].

Malgré cette expérience et tant d’autres qui auraient pu le rendre cynique, cet avocat n’a en rien perdu son désir de s’impliquer dans la construction de ce système en transition permanente, faisant de l’instauration d’un véritable mécanisme de responsabilité des auteurs des crimes les plus graves son principal cheval de bataille. À la question qui brûle les lèvres de quiconque s’intéresse à l’avenir de la Cour pénale internationale, à savoir quel est le futur qui attend cette jeune institution, loin de sentir une quelconque panique de sa part, ses paroles ont traduit une certaine assurance, sans pour autant tomber dans la naïveté. Impliqué sur plusieurs fronts, il demeure en effet aux premières loges pour constater que la route vers l’impunité ne sera pas sans embûche et sans effort, notamment en raison du fait que les enquêtes et poursuites se déroulent dans des États souvent instables au moment où les procédures sont entamées[2]. Il parait plus que conscient des nombreuses ombres au tableau, qui ne l’ont toutefois pas empêché de se présenter à cette quinzième Assemblée des États Parties avec, nous osons le croire, probablement le même espoir d’antan voulant que tout est encore à construire.

Il a enfin souligné au passage le rôle primordial d’États comme le Canada dans le renforcement de la justice internationale, invitant notre délégation à penser l’implication canadienne de demain dans cette tâche diplomatique qui sera fort probablement plus ardue au cours des prochaines années, avec un certain Donald Trump comme Président de nos voisins immédiats. Toujours aux prises avec un certain blues des élections de la semaine dernière, rencontrer cet homme d’exception qu’est Richard Dicker nous a définitivement revigorés et nous permet d’aborder la seconde moitié de l’Assemblée avec une confiance qui, avouons-le, s’était peut-être dissipée à la suite des discours parfois désenchanteurs entendus tant dans les conférences que dans les couloirs.

Pour prendre connaissance de ses publications et le suivre sur Twitter, c’est par ici.

Jessica Dufresne

La délégation du Partenariat canadien à la 15e Assemblée des États Parties au Statut de Rome de la Cour pénale internationale est financée par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) par le biais du projet “Strengthening Justice for International Crimes: A Canadian

[1] Se dit d’un tribunal qui ne tient manifestement pas compte des normes de justice fondamentale universellement reconnues.

[2] Il faisait notamment allusion au cas de la République centrafricaine

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